Baisemain

Depuis que je suis installée à New York, mes amis sont persuadés que je joue les reines de la night et que je connais tous les bons coins où passer du bon temps dans la Grande Pomme. C’est tout le contraire, je suis devenue une vraie couch potato comme on dit ici, une véritable patate de canapé. Il faut dire que mon corps et mon esprit ne se sont jamais remis de passer à la semaine de 35 heures à celle de 40 heures. Et c’est sans compter les longs trajets en métro pour aller d’un endroit à un autre. New York City est géante, 8 fois plus vaste que Paris.

Mais il m’arrive parfois de faire exception et que mon enthousiasme prenne le dessus sur ma fatigue. Ce fut le cas quelques semaines après mon retour de Miami, requinquée par le soleil et l’air marin ainsi que toutes les belles choses que j’y avais vues. L’amie artiste de Brooklyn, qui adore me contacter à la dernière minute pour aller à telle ou telle soirée, venait de m’envoyer un SMS me conviant à une soirée organisée au dernier étage du Chelsea Market. Je dois admettre que c’est un détail bien précis de son invitation qui avait suscité mon intérêt et m’avait décidée à braver le froid du mois de janvier et changer mon pyjama pour une jolie robe moulante noire que j’avais achetée chez New look des Quatre Temps avant mon depart de Paris. Pomponnée, parfumée et habillée, je quittai rapidement mon studio, arpentai les 6 blocks qui le séparait de la bouche de métro dans laquelle je m’engouffrai pour prendre la ligne A jusqu’à la 14ème rue. Je sortai du côté de la 15ème rue que je longeai jusqu’à arriver au Chelsea Market. J’étais dans un état de surexcitation et ne cessais de jeter un coup d’oeil au reflet de ma silhouette à chaque fois que je passais devant la vitrine d’un commerce.

Arrivée au Chelsea Market, je ne savais pas vraiment où me rendre. Je decidai donc de suivre toutes les personnes au style brooklynite et parées pour faire la fête. Elles me menèrent au fond du couloir du rez-de-chaussez la où un agent de sécurité nous demanda où nous allions. Il nous fit ensuite signe de prendre l’ascenseur qui se trouvait juste derrière lui. Mon coeur battait si fort. Je me demandais ce que je faisais là, j’aurais peut-être du rester au chaud à la maison. Je bossais le lendemain. Allais-je vraiment m’amuser à cet événement? L’introvertie que je suis, maladroite en société, encore plus en société anglophone, commença à douter, à perdre confiance en ses quelques aptitudes sociales et à trouver toutes les raisons pour tourner les talons. Évanouie la demarche sexy et affirmée que j’arborais en remontant la 15ème rue. Et puis ma silhouette dans la robe moulante noire? Pas si terrible que ça finalement – pour qui me prenais-je?  Ma confiance en moi et mon excitation disparaissaient à mesure que l’ascenseur montait. J’allais peut-être meme regretter d’être venue.

On arriva finalement au dernier étage. Un endroit superbe et spacieux, bondé de monde. Des gens plus sexy les unes que les autres. Le tout New York noir était là, celui qu’on voit à la TV depuis la France et que l’on fantasme. J’aperçu la copine brooklynite et m’avançai vers elle sans regarder ni à droite, ni à gauche. Comme à son habitude, elle était hilare. Elle était avec une amie à elle, une jolie fille d’origine haïtienne. La copine brooklynite s’exclama “Elle est haïtienne, vous parlez français toutes les deux”, l’air de dire, “vas-y parle-lui, vous allez forcement être copines puisque vous parlez la même langue”. Les cainris me font le coup à chaque fois! Les conversations ne vont rarement plus loin que “aah..salut…ca va bieeen?”. Bizarrement, on hésite toujours à passer de l’anglais au français dans ce genre de situation, un peu comme lorsqu’on se retrouve en face d’un autre passant sur un trottoir et qu’on danse le pas-de-côté-droite-gauche-droite, et puis on finit par balbutier quelques mots l’air con.

On fit un brin de causette. La copine brooklynite, qui je ne l’avais pas précisé, a une attirance pour les femmes, ne manqua pas de remarquer ma robe moulante et les heures de sport qu’elle recouvrait et mettait en valeur en même temps. Elle me félicita et me dit, “Tu sais mon pote le journaliste, je crois qu’il t’aime bien. Il m’a demandé de tes nouvelles toute à l’heure.”. Ces paroles étaient comme tombées du ciel. Je souris en faisant mine d’être complètement détachée mais au fond de moi, je dansais la rumba. Elle me demanda s’il était mon genre d’homme, question à laquelle je repondis par un petit sourire grimaçant. Je ne sais pas pourquoi il m’est toujours si difficile d’exprimer  aux autres mon intérêt pour une chose ou une personne! L’introversion, quelle plaie parfois.

Il ne fallut que quelques minutes depuis cette annonce pour qu’apparaisse l’hôte de la soirée. Je ne vous l’avais pas encore dit et je ne sais pas si vous l’aviez deviné à mon excitation un peu plus tôt mais… nous étions à un événement organisé par le beau et grand homme que nous avions croisé quelques semaines auparavant à Miami et qui avait marqué mon esprit. Il se tenait là devant moi.  Je souriais de toutes mes dents comme à chaque fois que je me retrouve dans une situation gênante et que je veux dissimuler ma timidité. Il prit ma main, la baisa (en tout bien tout honneur) et me lança un petit regard super coquin en se redressant. Mon esprit quitta mon corps un instant, je ne me souviens pas des mots qu’il prononça. Dans mes souvenirs, la copine de brooklyn lui lança une boutade qu’il fit semblant d’ignorer pour rire. Il devait s’occuper du bon fonctionnement de la soirée et s’éloigna de nous. J’étais aux anges mais je ne perdais pas de vue la mission que je m’étais donnée en venant là, observer l’homme en question pour découvrir s’il était accompagné. À New York (et dans bien d’autres endroits), un clin d’oeil et un baisemain ne garantissent pas le célibat du gentleman. J’observais discrètement en évitant à tout prix de croiser son regard.

Le MC de la soirée l’appela sur la scène pour qu’il dise quelques mots à l’assemblée et je me trouvais en face de lui, en contrebas. Je ne savais plus où me mettre, je n’allais pas m’éloigner des deux seules personnes avec qui je pouvais avoir un semblant de conversation ce soir-là. Alors que le MC le presentait et faisait son éloge, l’homme me lança de petits regards pleins de malice. Il avait dû boire quelques verres… Je regardai ailleurs. Je devais certainement être rouge écarlate. Mon regard revenait à lui pour s’en detourner encore.

Bien que j’eusse grave la trouille, j’espérais au fond de moi qu’il vienne me parler. Les heures défilèrent. Je passais finalement un bon moment mais on s’approchait de la fin de l’événement et l’homme n’etait toujours pas revenu vers moi. Ca devait être difficile en étant suivi par une horde de groupies et puis il avait dû en distribuer pas mal de clins d’oeil et de baisemains!

Je m’étais fait des films trop vite. Allez, il fallait rentrer. Demain, boulot!

Sur le chemin du retour vers Brooklyn, la copine brooklynite me dit “tu devrais l’ajouter sur Facebook, il a publié les photos de nous qu’il a prises à Miami”. Je rentrai chez moi et lui envoyai une invitation à entrer en relation sur Facebook.

 

.Brooklynister